On se baigne autour de Siem Reap dans trois types d'endroits : le baray occidental, un immense réservoir angkorien qui sert de plan d'eau du week-end aux habitants, les rivières et cascades du massif du Phnom Kulen à une heure et demie de route, et les piscines d'hôtel ouvertes aux non résidents. Il n'y a pas de mer, et le Tonlé Sap n'est pas un lieu de baignade.
Cet article décrit ce que j'ai vu sur place, ce que disent les sources officielles sur les billets et les horaires, et ce qui change entre saison des pluies et saison sèche.
Pourquoi la question se pose vraiment à Siem Reap ?
Siem Reap est à 300 kilomètres de la côte. Le grand lac Tonlé Sap est à vingt kilomètres au sud, mais c'est une eau chargée de sédiments, parcourue de bateaux et bordée de villages flottants : on le visite, on ne s'y baigne pas. Et la ville elle-même est traversée par une rivière canalisée, peu profonde, qui n'invite à rien.
Résultat : la baignade est un sujet local, avec des codes locaux. Les habitants vont au baray. Les jeunes montent dans les collines. Les voyageurs, eux, restent souvent à la piscine de leur hôtel sans savoir qu'il existe autre chose à vingt minutes de scooter.
Le baray occidental, le plan d'eau du week-end
Le baray occidental, ou Baray Occidental, est un réservoir artificiel angkorien de huit kilomètres sur deux, à l'ouest de la ville, le long de la route nationale 6 en direction de l'aéroport. Lonely Planet le décrit comme le principal lieu de baignade local autour de Siem Reap, avec une petite plage à son extrémité ouest, des paillotes de pique nique et des chambres à air à louer, très fréquentée par les Khmers le week-end.

C'est mon coup de cœur de la région, et pas pour la baignade elle même.
Ce que vous trouvez sur la rive
Des terrasses sur pilotis au bord de l'eau, des hamacs tendus dessous, et des vendeuses qui font cuire sur place. Vous louez une natte ou une plateforme pour quelques milliers de riels, vous commandez, vous vous allongez. Les familles s'installent pour la journée entière le week-end. Les adolescents et les jeunes adultes viennent en fin d'après midi, en groupe, et occupent les hamacs jusqu'à la nuit tombée.

Quand il y a de l'eau, et quand il n'y en a pas
Le baray est un réservoir : son niveau suit la mousson. Les sources concordent pour placer la bonne période de baignade après la saison des pluies, de septembre à janvier environ. En fin de saison sèche, en avril et mai, le niveau baisse fortement et certaines parties se vident.
La rivière qui arrive dans l'angle sud ouest du baray fonctionne sur le même rythme. En saison des pluies, les gens s'y baignent, dans le courant, souvent habillés. Je n'ai pas pu vérifier si cette baignade reste possible en saison sèche, et je préfère le dire plutôt que de l'affirmer.
Ak Yum, le temple enfoui sous la digue sud
À l'angle sud du baray se trouve un temple que peu de visiteurs connaissent : Ak Yum. Il est situé sur la berge sud du baray occidental, à environ 1,5 kilomètre de l'angle sud ouest.
C'est un temple montagne pré angkorien, parmi les plus anciens de la région. La première construction du site était un sanctuaire de brique à chambre unique, probablement de la fin du huitième siècle, agrandi ensuite en pyramide à degrés, vraisemblablement au début du neuvième siècle sous le règne de Jayavarman II. Les datations divergent selon les sources, certaines le placent au septième siècle, donc la date exacte reste débattue.
Le détail qui en fait un lieu étrange : quand le baray occidental a été creusé, au onzième siècle, sa digue sud a partiellement enseveli le temple. Une inscription datée de 1001 montre qu'il était encore un lieu de culte actif à cette époque. Il a été redégagé en 1932 sous la direction de l'archéologue George Trouvé, puis fouillé de nouveau en 2016 et en 2019 par des équipes franco cambodgiennes.
Vous êtes donc sur un temple du huitième siècle, à moitié sous une digue du onzième, à cinq minutes des hamacs.
Spean Memay, le pont angkorien de l'angle nord ouest
À l'autre extrémité, près de l'angle nord ouest du baray, il reste un pont de latérite angkorien, Spean Memay, également appelé Spean Thma. Il mesure 79 mètres de long et 9 mètres de large. Le nombre d'arches diffère selon les sources, entre 29 et 21, donc je ne tranche pas. Il faisait partie de l'ancienne route royale qui partait d'Angkor vers l'ouest, en direction de Sdok Kok Thom.
Attention au nom : plusieurs ponts du Cambodge s'appellent Spean Thma, dont un bien plus visité sur le petit circuit d'Angkor, près de Ta Keo. Ce ne sont pas les mêmes.
Y aller
Le baray est à une vingtaine de minutes du centre en scooter ou en tuk tuk, par la nationale 6, dans la direction de l'aéroport. Aucun billet n'est nécessaire pour la rive.
Deux précautions honnêtes. C'est un réservoir profond, sans surveillance, sans ligne de sécurité et sans maître nageur. Et les habitants se baignent presque toujours habillés, tee shirt et short : le maillot deux pièces attire les regards et met tout le monde mal à l'aise. Faites comme eux, cela ne coûte rien.
Kbal Spean et Phnom Kulen, les cascades
Au nord de Siem Reap, le massif du Phnom Kulen porte les rivières et les chutes d'eau de la région. Deux sites sont accessibles et billettés.
Kbal Spean, la rivière aux mille lingas
Kbal Spean est un site archéologique autant qu'un cours d'eau : le lit de la rivière est sculpté de lingas et de divinités taillés à même la roche. Angkor Enterprise, le billetteur officiel de l'État, vend un pass journée Kbal Spean à 5,00 $, avec une entrée à partir de 6h00 et une fermeture à 18h30.
L'accès se fait par une montée en forêt d'environ deux kilomètres, raide par endroits. Lonely Planet signale une dernière entrée à 15h30 et conseille d'emporter de l'eau, car il n'y en a pas au delà du parking.
Soyons clairs sur la baignade : la chute est petite. Travelfish parle d'un endroit où tremper les pieds plus que d'un lieu où nager. N'y montez pas pour la natation, montez y pour les sculptures et pour la forêt.
Phnom Kulen, les vraies chutes
Phnom Kulen est la montagne sacrée des Khmers, berceau de l'empire, et c'est là que se trouvent les chutes où l'on se baigne pour de bon, dans les vasques au pied de la cascade.

Deux points à connaître. Le billet du Phnom Kulen n'est pas compris dans le pass d'Angkor : c'est une entrée séparée, que plusieurs guides situent à 20 $ par visiteur étranger, payable en espèces à l'entrée du parc. Je n'ai pas trouvé de tarif publié par une source gouvernementale, donc traitez ce montant comme une indication à confirmer sur place. Deuxième point, la route d'accès est à sens unique alterné : selon plusieurs guides, elle ferme à la montée vers midi et ne laisse plus que la descente. Partez le matin.
Et le pass d'Angkor, dans tout ça
Pour situer les ordres de grandeur, voici les tarifs officiels publiés par Angkor Enterprise pour le parc archéologique d'Angkor :
| Billet | Prix officiel | Validité | Horaires |
|---|---|---|---|
| Pass 1 jour | 37,00 $ | expire en 1 jour | entrée 5h00, fermeture 18h30 |
| Pass 3 jours | 62,00 $ | expire en 7 jours | entrée 5h00, fermeture 18h30 |
| Pass 7 jours | 72,00 $ | expire en 30 jours | entrée 5h00, fermeture 18h30 |
| Kbal Spean, 1 jour | 5,00 $ | 1 jour | entrée 6h00, fermeture 18h30 |
| Beng Mealea, 1 jour | 10,00 $ | 1 jour | entrée 6h00, fermeture 18h30 |
| Koh Ker, 1 jour | 15,00 $ | 1 jour | entrée 6h00, fermeture 18h30 |
Beaucoup de blogs annoncent encore 20 $ la journée à Angkor. Ce tarif n'existe plus. Fiez vous au site officiel.
Les rivières et les spots de camping des jeunes
C'est la partie dont aucun guide ne parle et c'est la plus belle.
Dans les reliefs au nord et à l'est, les rivières descendent en une succession de vasques et de petites chutes. Chaque groupe d'amis khmers a son spot, souvent au bout d'une piste, parfois à vingt minutes de marche de la dernière maison. On y vient en bande, on installe une bâche, on fait cuire, on dort sur place.
J'ai été emmené là bas par des amis cambodgiens, et le souvenir que j'en garde, c'est la baignade au petit matin : l'eau est froide, la vallée est encore dans la brume, et il n'y a personne. Rien à voir avec une excursion organisée.
Deux choses à savoir. Ces endroits ne sont ni balisés ni surveillés, et beaucoup sont sur des pistes impraticables en saison des pluies. Et ils ne se trouvent pas sur Google Maps : ils se trouvent par les gens. La bonne méthode, c'est de demander, pas de chercher.
Ce qu'il faut savoir avant de se baigner ici
Habillez vous comme les locaux. Tee shirt et short dans l'eau. C'est la norme partout au Cambodge en dehors des piscines d'hôtel et des plages de Sihanoukville.
Il n'y a jamais de surveillance. Ni au baray, ni dans les rivières, ni aux cascades. Pas de maître nageur, pas de bouée de sauvetage, pas de délimitation de profondeur.
La saison décide de tout. En avril et mai, beaucoup de ces spots sont à sec ou presque. En septembre et octobre, ils sont à leur maximum, mais les pistes d'accès sont boueuses.
Les chambres à air se louent sur place au baray, selon Lonely Planet, en même temps que les paillotes.
Questions fréquentes
Peut on nager dans le Tonlé Sap ? Non, ce n'est pas un lieu de baignade. Eau très chargée, trafic de bateaux, villages flottants habités. On le visite en bateau.
Les piscines d'hôtel sont elles accessibles sans y dormir ? Oui, c'est une pratique courante à Siem Reap : plusieurs hôtels vendent un accès à la journée, parfois sous forme de consommation minimum. Les conditions varient d'un établissement à l'autre, demandez à la réception.
Le pass d'Angkor couvre t il Kbal Spean ? Angkor Enterprise, le billetteur officiel, vend un billet Kbal Spean distinct à 5 $ la journée. Plusieurs guides affirment par ailleurs que le site est inclus dans le pass général d'Angkor. Les deux informations peuvent coexister, mais pour éviter toute mauvaise surprise, vérifiez au moment de l'achat sur le site officiel.
Quelle est la meilleure période pour se baigner autour de Siem Reap ? De septembre à janvier. L'eau est haute après la mousson et les températures restent élevées.
Y a t il un lac à l'eau turquoise au nord de Siem Reap ? Je n'ai trouvé aucune source identifiant un tel site, ni son nom, ni sa localisation. Je ne le mentionne donc pas comme une destination tant qu'il n'est pas vérifié.
Faut il un guide pour les spots de rivière ? Pas un guide professionnel, mais quelqu'un qui connaît le chemin. Ces endroits ne sont pas signalés et les pistes changent avec les pluies.
En résumé
Si vous n'avez qu'une demi journée, allez au baray occidental en fin d'après midi, prenez un hamac, et marchez jusqu'à Ak Yum avant le coucher du soleil. C'est gratuit, c'est à vingt minutes du centre, et vous verrez le Siem Reap des habitants.
Si vous avez une journée complète et que vous venez pendant ou juste après la mousson, montez au Phnom Kulen le matin, avant la fermeture de la route à la montée.
Sources vérifiées
- Ak Yum, localisation, datation, ensevelissement par la digue du baray, inscription de 1001, fouilles de 1932, 2016 et 2019 : Wikipedia, Ak Yum et Angkor Temples in Cambodia, Ak Yum
- Baray occidental, principal lieu de baignade local, plage à l'extrémité ouest, paillotes et chambres à air, fréquentation khmère le week-end : Lonely Planet, Western Baray et Western Mebon
- Période de baignade de septembre à janvier : Evaneos, Siem Reap
- Spean Memay, dimensions, localisation près de l'angle nord ouest du baray, ancienne route royale vers Sdok Kok Thom, confusion de nom avec le Spean Thma d'Angkor : Angkor Temples in Cambodia, Spean Memay
- Tarifs officiels des billets, horaires d'entrée et de fermeture, pass Kbal Spean à 5 $ : Angkor Enterprise, billets disponibles
- Kbal Spean, montée de deux kilomètres, dernière entrée à 15h30, absence d'eau au delà du parking : Lonely Planet, Kbal Spean
- Kbal Spean, site plus propice à tremper les pieds qu'à nager : Travelfish, Kbal Spean
- Phnom Kulen, entrée non incluse dans le pass d'Angkor, montant de 20 $ et fermeture de la route à la montée vers midi, informations de guides tiers non confirmées par une source officielle : Phnom Kulen Tours, guide du parc et Take Your Backpack, Phnom Kulen