Mon voyage à Istanbul, perle du Bosphore et ville des chats

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Je crois avoir compris quelque chose : « l’inspiration » pour rédiger mes articles perso est nourrie par la nostalgie. Alors ce soir, dans les rues du Cambodge, je repense à la Turquie. Vite, il faut que je rentre à l’appartement pour écrire.

Durant mon voyage dans cette jolie ville, j’ai rencontré des personnes incroyables. J’ai appris énormément de choses sur l’histoire du pays. J’ai été modèle pour une marque locale, j’ai lu, énormément lu, j’ai passé des heures à regarder la mer, j’ai mangé beaucoup trop de kebabs et de baklavas. Deux semaines de pur bonheur en mode slow voyageur.

Introduction

Mon arrivée en Turquie se fait les poches vides et le porte-monnaie léger, car Oman et la Jordanie m’ont ruiné (surtout Oman). Cette information a son importance, car vous remarquerez que j’ai très peu mangé dehors et que j’ai évité les activités payantes. Important à savoir : à Istanbul, la visite des sites touristiques est souvent très coûteuse, je trouve.

Installation dans ma chambre à Kadıköy

Pourquoi ce quartier côté asiatique ? Parce qu’un ami rencontré en Jordanie m’a dit : « Ayoub, tu as un style bohème, le quartier que tu aimeras à Istanbul, c’est Kadıköy ! » J’ai cherché un logement et j’ai trouvé une chambre sympa dans un appartement en colocation près du port.

L’ambiance ici est folle. Chaque rue a son style, c’est assez fou : tu passes d’une rue avec plein de bars à une rue avec des boutiques gothiques, puis des friperies et plein de hippies… C’est très cosmopolite, à vrai dire, je ne m’attendais pas à ça.

Les rues sont décorées de maisons à chats. Il y a des chats de toutes les couleurs en ville : des gros, des très gros, des blancs, des noirs, des oranges. Les habitants s’en occupent avec soin, les gamelles sont toujours pleines et ils ont même des duvets. Si j’étais un chat, je vivrais très certainement à Istanbul !

Mes incroyables colocataires

Sinan, le doyen
La première personne que je rencontre en entrant dans l’appartement, c’est un homme d’une incroyable gentillesse. Le problème ? Il ne parle pas anglais. La solution ? Il parle espagnol. Kurde d’origine, il a vécu un temps en Colombie, ce qui explique son niveau au top. Il a fait des études d’archéologie, ce qui explique aussi sa curiosité intellectuelle. Après notre première discussion, j’ai compris qu’avec lui je pouvais être 100 % naturel : c’est un mec bien. J’ai passé des heures à rire et à parler de sujets variés dans la cuisine avec lui. Sa drogue ? Le shay ! Je crois qu’il ne boit pas d’eau.

Dani et son énergie
J’étais dans la cuisine quand, d’un coup, je vois ce gars s’approcher de moi avec un grand sourire, un style de Ricain et une convivialité qui fait presque peur. Il a tout de suite parlé avec moi avec honnêteté. J’avoue qu’au début, Dani, pour moi tu étais une curiosité. Encore aujourd’hui, je ne suis pas sûr d’avoir cerné le personnage, mais une chose est sûre : tu as été de bonne compagnie. Dani et Sinan m’ont notamment appris pas mal de choses concernant le zoroastrisme et l’histoire de la Perse. Il est iranien et très cultivé, donc il en connaît un paquet.

Aysel, une lectrice téméraire
Elle a un rire qui rendrait n’importe qui à l’aise, vous savez, ce genre de rire communicatif et naturel qui trahit son honnêteté et sa douceur. Grande lectrice, elle se nourrit de paragraphes, littéralement. Elle était sûrement la voix de la sagesse dans l’appartement, car Sinan et moi avions régulièrement des sujets de désaccord, et Aysel comprenait les deux parties. C’est une voyageuse qui, je crois, est aussi adepte du voyage lent, celui où l’on prend le temps d’apprécier un bon café au bord de l’eau pendant des heures plutôt que de courir ici et là. Nous avons eu une discussion sur le sens de la vie qui m’a beaucoup marqué le jour avant son départ. Finalement, elle ratera son avion et reviendra pour une nuit de plus.

Ramon et Penelope, les vadrouilleurs
Ils ont été mes colocataires seulement deux ou trois jours. J’ai passé peu de temps avec eux, mais quelque chose de spécial arrivera un soir (je vous raconterai ça plus tard dans l’article). Ramon est un Allemand qui a la dégaine d’un Algérien ; d’ailleurs, il me semble qu’il a du sang arabe, et Penelope est mexicaine. Ils se sont rencontrés là-bas et ont bien voyagé ensemble. Ramon deviendra, je l’espère, un grand réalisateur, et Penelope fera ce qu’elle aime.

Manger, manger et manger

Kebab bien sûr, j’en ai mangé pas mal parce que c’est abordable. En général, la nourriture en ville n’est pas très chère. Côté sucreries, je ne suis pas fan, et je sais que ce n’est pas un avis populaire, mais ça me fait penser aux pâtisseries du Maghreb : trop sucrées, trop de miel… enfin bref, le diabète.
Le pain à l’ail, c’est délicieux, une sorte de boule. J’en ai pris un soir un peu trop, et j’ai passé la nuit à le regretter.

À Istanbul, il est indispensable de goûter à plusieurs spécialités culinaires emblématiques qui reflètent la richesse de la cuisine turque. Parmi elles, le kebap se décline en plusieurs variantes, comme le célèbre döner kebap, une viande grillée à la broche, ou l’Adana kebap, épicé et savoureux. Le börek est un autre incontournable, une pâtisserie feuilletée garnie de fromage, de viande ou d’épinards. Pour les amateurs de sucré, le baklava séduit par ses feuilles de pâte filo croustillantes, ses couches de noix et son sirop de miel. Le menemen, un plat d’œufs brouillés aux tomates, aux poivrons et aux épices, est parfait pour un petit-déjeuner local. Enfin, il ne faut pas manquer le manti, des raviolis turcs souvent servis avec du yaourt à l’ail et du beurre fondu pimenté. Ces spécialités, accompagnées d’un thé turc ou d’un café intensément aromatique, sont une invitation à découvrir la cuisine d’Istanbul dans toute sa diversité et sa générosité.

À Istanbul, une spécialité culinaire originale à découvrir est la version turque de la pizza en crêpe, appelée lahmacun. Il y a aussi le pide. C’est une fine pâte garnie d’un mélange épicé de viande hachée, de légumes et d’herbes, roulée ou pliée, souvent accompagnée de citron et de persil frais. Pour une variante sucrée, la crêpe turque appelée katmer est un vrai délice, souvent farcie de pistaches et de kaymak, une crème épaisse, idéale au petit-déjeuner ou pour un goûter gourmand.

Côté sucreries, Istanbul propose aussi le lokum, mieux connu sous le nom de « rahat lokum » ou « Turkish delight », de petites douceurs gélifiées aux parfums variés comme la rose, le citron ou la pistache. Enfin, le sütlaç, un riz au lait parfumé à la vanille et souvent caramélisé au four, est un dessert lacté très populaire.

Faire de mon mieux pour visiter ce qui fut Constantinople

En toute honnêteté, le côté européen est très touristique et passer du temps là-bas me faisait mal à la tête, car il faut faire la queue pour tout : chaque visite, les restos…

Sultanahmet : C’est le cœur historique d’Istanbul, où se trouvent les monuments emblématiques comme la Mosquée Bleue (Sultan Ahmet Camii), Sainte-Sophie (Ayasofya), le palais de Topkapi et la Citerne Basilique. Ce quartier est un musée à ciel ouvert de l’époque byzantine et ottomane. La citerne et les mosquées, je les ai visitées. La citerne est un endroit mystique, et les mosquées turques sont magnifiques.

Beyoğlu : En face de la Corne d’Or, ce quartier vibrant est célèbre pour la rue Istiklal, une avenue piétonne animée avec des boutiques, des restaurants et des cafés. La tour de Galata offre une vue panoramique impressionnante sur la ville. Un quartier charmant et très agréable.

Sirkeci : Point d’arrivée historique du légendaire Orient-Express, c’est un quartier animé avec la gare de Sirkeci et des marchés traditionnels à proximité. Il offre aussi un accès direct à la vieille ville.

Kadıköy – la maison : Situé sur la rive asiatique, ce quartier est un centre culturel moderne avec des marchés, des cafés branchés et des ruelles pleines de vie. C’est aussi un bon point de départ pour explorer la côte asiatique.

Üsküdar : Autre quartier asiatique, connu pour ses mosquées historiques, ses promenades au bord de la mer et ses vues splendides sur le Bosphore et la silhouette européenne d’Istanbul.

Balat : Un quartier bohème réputé pour son architecture colorée, ses églises, ses synagogues et ses cafés alternatifs. Balat offre une immersion dans l’ambiance authentique et multiculturelle d’Istanbul.

La ville est très bien desservie par les transports en commun, notamment grâce aux ferries. Les ferries, c’est magique : on a l’impression de partir en vacances dès qu’on en prend un.

L’île de Heybeliada, un pas dans le passé

Elle fait partie de l’archipel des Princess island, avec notamment Büyükada, la plus connue. Ici, les bâtisses sont en bois. C’était le lieu de résidence de la haute société, et je pense que ça l’est encore aujourd’hui. La nature est très calme, très peu touristique. Il y a des chemins de randonnée et, à chaque point, on peut voir les autres îles ou même la skyline d’Istanbul.

L'île de Heybeliada - Skyline Istanbul

Le temps ici semble s’être arrêté. J’y ai passé une journée à marcher, écouter les oiseaux, me baigner. On croise quelques personnes à vélo, des familles venues profiter du beau temps. C’est un lieu incroyable, personnellement je trouve que c’est le plus beau que j’ai visité, donc je recommande vivement d’y aller.

Le trajet dure environ 1h20 et coûte 88 lires.

Quelques expériences mémorables

Un soir, Sinan m’a dit : « Ayoub, j’ai trouvé un événement qui pourrait être sympa. »
Je lui ai dit : « Ah bon, c’est quoi ? »
Il m’a répondu que c’était une soirée de rencontres amicales, et en l’occurrence des rencontres avec des personnes parlant espagnol. Comme il parle très bien espagnol, il avait envie d’y aller. Il m’a dit qu’il avait envie d’y aller, mais je sentais qu’il ne voulait pas tellement y aller seul. Au bout d’un moment, il m’a dit : « Est-ce que tu veux venir avec moi ? » Je lui ai répondu : « Bien sûr, pourquoi pas ! »

On est allés là-bas, c’était dans le centre de notre quartier, dans un petit bar calme à l’étage. On arrive et on commence à parler, d’abord avec la serveuse qui parlait un peu espagnol, puis ensuite deux hommes sont venus vers nous pour discuter. Enfin bref, il y avait plein de personnes qui parlaient espagnol. Après avoir parlé un peu avec quelques personnes, au final nous sommes restés à parler tous les deux jusqu’à ce que tout le monde parte et que la soirée se termine.

Un autre soir, après une journée à se promener dans un parc et dans le quartier avec Ramon et Pénélope, nous rentrons à l’appartement. Je me mets sur le canapé, il est tard, Ramon est devant moi et Pénélope à ma droite. On commence à parler, puis le sujet de la religion arrive. Dans une discussion totalement bienveillante, on commence à débattre de l’existence de Dieu et de choses profondes. Puis il se passe quelque chose qui, pour moi, a été extraordinaire.

Il est deux heures du matin, et Ramon et Pénélope me demandent s’ils peuvent prier avec moi. Sur le moment, je me dis qu’ils disent ça pour une autre fois, peut-être, et que ça n’arrivera pas vraiment. Puis je leur dis : « Ok, bien sûr. » Et là, ils me regardent, et me disent : « Mais maintenant, là ? » Pris un peu au dépourvu, je réponds : « Oui, bien sûr. »

Je leur dis d’abord qu’il faut faire les ablutions, donc on part les faire. Pénélope m’a demandé d’elle-même si je n’avais pas quelque chose pour couvrir ses cheveux. J’avais un petit châle que j’avais acheté en Égypte, que je lui ai donné pour qu’elle puisse se couvrir la tête.

Ensuite, je me suis mis en position de prière. Ce qui m’a encore plus marqué, c’est qu’ils se sont directement bien placés : Ramon près de moi et Pénélope un peu plus derrière. Enfin bref, nous avons prié ensemble. Loin de moi l’idée d’avoir un comportement ostentatoire en racontant cette histoire, mais c’est surtout la puissance de la rencontre qui m’a marqué. On a parlé ensemble pendant peut-être huit ou neuf heures, et j’ai vécu quelque chose de très fort avec eux, de super intime.

Je ne sais pas vraiment comment eux l’ont vécu ensuite. Il était tard, nous sommes partis dormir, et je ne les ai jamais revus. Mais ils ont demandé à le faire, et ils l’ont fait avec beaucoup de sérieux.

Dernière histoire. Un jour, je me promenais dans mon quartier. J’étais en train de faire les friperies à la recherche de chemises de plage. J’étais là avec ma dégaine : Doc Martens en cuir, veste en cuir et un jean un peu trop grand. Je marche et je vois un homme qui s’approche de moi. Il s’appelle Sinan, comme mon colocataire. Il a un style un peu hipster, super bien sapé, une grande barbe. Il me prend un peu au dépourvu. Je ne m’attendais pas du tout à une discussion comme ça, comme sortie de nulle part. Du coup, je mets un peu de temps à comprendre.

Puis il me dit : « Excuse-moi, ma femme qui est là-bas trouve que tu as quelque chose. Elle a une marque de vêtements et elle aimerait que tu poses pour sa marque. »
Ça se fait rapidement. Moi, je dis pas de problème, sans vraiment réfléchir au fait que je partais une semaine plus tard de Turquie. Je lui donne mon numéro de téléphone, il le prend, puis voilà. Les jours passent, je n’ai pas de nouvelles. En même temps, je ne m’attendais à rien. Je me suis dit : ok, c’est passé, c’était marrant.

Puis un jour, je reçois un message. C’est Sinan qui me dit : « Est-ce que tu es encore en Turquie ? J’aimerais qu’on puisse fixer un rendez-vous et qu’on se voie pour le shooting avec Sema », son amie et créatrice de la marque. La marque s’appelle Jun. Je dis ok. Je lui explique juste que je travaille en semaine et je lui donne mes disponibilités. On fixe un rendez-vous.

Le jour même, il m’envoie un taxi qui vient me chercher et m’emmène. La voiture s’arrête, je les rejoins dans un café où ils étaient, puis on va dans un autre café pour parler un peu avant de faire le shooting.
Sema est une femme douce. Avec Sinan, j’ai très vite ressenti un truc naturel, et d’ailleurs même avec Sema. Je n’ai jamais senti que c’était bizarre. Pourtant, c’était la première fois que je faisais ça, mais je ne me suis pas senti mal à l’aise, pas du tout. Ils m’ont mis à l’aise, ils n’ont pas mis de pression ni quoi que ce soit. C’était vraiment du gratuit, sans attente cachée.

On a fait le shooting, etc. Sema était contente des photos, puis ils m’ont offert un ensemble de la marque, qui est magnifique. Ce qui est sympa avec cette marque, c’est qu’ils font tout à la commande, et les pièces sont vraiment classe. Et pour le coup, c’est de la qualité, je peux le dire parce que je les ai portées 😉

Quelques jours après, je suis rentré en France après des mois à l’étranger. Et vous savez quoi ? La première chose que j’ai faite en sortant de l’aéroport de Bordeaux, c’est récupérer ma voiture puis partir sur le bassin d’Arcachon pour faire un saut en parachute (avec 3 h de sommeil dans le sang). C’ÉTAIT INCROYABLE, OF COURSE !

Je suis resté seulement deux semaines à Istanbul, mais j’ai l’impression, même quand j’y repense, que j’y suis resté un mois, même plus. J’ai rencontré énormément de personnes là-bas, des belles personnes. J’ai aussi profité de ma solitude, parfois, dans les parcs, à courir. À Istanbul, il faut courir. La ville est tellement belle, surtout du côté asiatique, au bord de l’eau, sur les quais. La jeunesse est vivante, la vie est agréable.

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