Le 25 juillet 2026, à Busan, en Corée du Sud, les Comores ont fait leur entrée sur la liste du patrimoine mondial. Premier bien inscrit de l'histoire du pays : six médinas réparties sur deux îles, toujours habitées, que pratiquement aucun guide de voyage francophone n'a encore pris le temps de décrire.
Il faut dire que le tourisme ici part de loin. Le quotidien comorien Al-Watwan évoque environ 80 000 visiteurs dans les meilleures années, un chiffre lui-même surestimé, parce qu'il compte les Comoriens de la diaspora qui rentrent voir leur famille. En clair : si vous partez maintenant, vous serez parmi les premiers à visiter ces médinas avec le tampon UNESCO.
Voici les médinas une par une, puis tout le concret : visa, vols, santé, argent, îles, avec ce que disent les sources officielles et la presse locale, pas seulement les comparateurs.
Ce que l'UNESCO a vraiment classé
L'inscription porte sur un ensemble de 30,47 hectares, entouré d'une zone tampon de 131,68 hectares, au titre des critères (iii) et (iv) , le témoignage d'une civilisation et l'exemple d'un ensemble architectural. Selon le site Patrimoine des Comores, ces noyaux urbains existent au moins depuis le XIᵉ siècle et sont devenus de véritables cités-États aux XIVᵉ et XVᵉ siècles, sous l'autorité de sultanats rivaux.
Ce que vous verrez concrètement : des maisons en pierre de corail, des ruelles étroites, des portes en bois sculpté, des mosquées anciennes et surtout les bangwe, ces places publiques où se tient la vie politique et sociale du quartier. Le journal Le Journal des Archipels le résume sans détour : le sous-développement a protégé ces villes de la bétonisation qu'ont connue La Réunion et, dans une moindre mesure, Mayotte. Elles sont restées « dans leur jus ».
Le dossier avait été déposé sur la liste indicative dès 2007, et la candidature formelle en janvier 2025. Dix-neuf ans d'attente : ce n'est pas un classement de circonstance.
Moroni, et sa mosquée de 1427 que certains contestent
La capitale fut la dernière capitale sultanesque de la Grande Comore (Ngazidja), au XIXᵉ siècle, rattachée au sultanat de Bambao. Son monument phare est l'ancienne mosquée du Vendredi, dans le quartier de Badjanani, face au port : construite en 1427 (831 de l'Hégire) en pierre de corail, elle n'avait pas de minaret à l'origine. Celui que vous voyez sur toutes les cartes postales n'a été ajouté qu'en 1921.
Détail que vous ne lirez nulle part ailleurs : cette date de 1427 est discutée à Moroni même. Le média local Masiwa rapporte que certains habitants attribuent la primauté à une autre mosquée, celle de Djumwa mdji, avec un argument très concret : à l'époque, aucune digue ne séparait l'emplacement de Badjanani de la mer. Le débat n'est pas tranché. Il est en tout cas plus intéressant que la plaque.
Les quatre premières médinas de la liste sont toutes sur Grande Comore, à moins de vingt minutes de voiture les unes des autres. Autant dire que Moroni sert de camp de base pour cette partie du voyage. Le parc hôtelier de la capitale se compte en dizaines de chambres : voir ce qui est dispo à Moroni.
Ikoni, la cité des portes monumentales
À quelques kilomètres au sud de Moroni, Ikoni (ou Iconi) appartenait elle aussi au sultanat de Bambao, dont elle aurait été la capitale avant Moroni, les sources ne s'accordent pas sur la chronologie exacte. Ce qui est sûr, c'est ce qu'écrit l'UNESCO dans sa fiche de la liste indicative : Ikoni et Itsandra Mdjini sont les deux médinas qui conservent le plus de bangwe et de portes monumentales. C'est d'ailleurs à Ikoni que le certificat UNESCO a été remis au président Azali Assoumani, le 29 août 2026.
Itsandra, l'ancienne capitale portuaire
Itsandra a longtemps été la capitale de l'île et son premier port maritime, avant d'être absorbée par le sultanat unifié de Ngazidja. On y voit encore une forteresse du XVIIᵉ siècle, reliée à la ville par un chemin en escalier longé d'un mur d'environ 130 mètres, et des pans de remparts percés de meurtrières. Venez en fin d'après-midi : la lumière sur la pierre de corail fait l'essentiel du travail.
Ntsudjini, la plus discrète
Rattachée au sultanat d'Itsandra, Ntsudjini est la médina dont on sait le moins de choses en ligne. Les sources publiques ne détaillent quasiment rien de ses monuments. C'est précisément la raison d'y aller avec un guide local : ce que vous apprendrez sur place, vous ne le trouverez pas sur Internet.
Mutsamudu, la citadelle et le palais d'Ujumbé
On change d'île : Anjouan (Ndzuwani). Sa capitale est la médina la plus spectaculaire des six. Au-dessus de la ville, sur le promontoire de Sinéjou, la citadelle a été élevée par le sultan Abdallah Iᵉʳ à partir de 1782, pour protéger la cité des razzias malgaches. Patrimoine des Comores date les travaux de 1782 à 1790, d'autres sources de 1789. Démantelée lors de la grande révolte de 1891, puis restaurée, c'est le seul élément qui subsiste du système défensif du sultanat d'Anjouan.
En contrebas, au cœur de la médina, le palais d'Ujumbé, construit à la fin du XVIIIᵉ siècle, a servi de résidence aux sultans jusqu'en 1909. Levez les yeux : ce sont ses plafonds ornés que le dossier patrimonial a choisi de photographier. La médina compterait par ailleurs dix-sept mosquées.
Anjouan se visite sur deux nuits minimum, le temps de faire Mutsamudu et Domoni sans courir. L'offre y est plus rare qu'à Moroni, donc réservez avant d'embarquer plutôt qu'en arrivant : les logements de Mutsamudu.
Domoni, la première capitale d'Anjouan
Avant Mutsamudu, il y avait Domoni, sur la côte est d'Anjouan : première capitale de l'île, aux XIVᵉ et XVᵉ siècles. C'est le sultan Abdallah Iᵉʳ qui a transféré le pouvoir vers Mutsamudu, en 1792 selon Jeune Afrique. Domoni, c'est l'autre visage d'Anjouan : plus calme, moins de passage.
Ce qui menace les médinas
Le classement n'est pas une fin en soi. Le ministre de la Culture, Said Mohamed Ali Said, l'a qualifié de « point de départ » et le gouvernement doit établir un plan de gestion avec l'UNESCO. Les spécialistes, eux, pointent deux menaces : l'urbanisation rapide et les transformations architecturales, dalles de béton, extensions, portes anciennes remplacées. Patrimoine des Comores précise que plusieurs remparts, palais et mosquées sont « gravement dégradés ». Payer un guide local et acheter l'artisanat sur place, c'est concrètement la seule façon de faire du classement autre chose qu'un diplôme encadré.
Visa pour les Comores : ce qu'on vous demande à l'arrivée
Bonne nouvelle, c'est simple. D'après la fiche Entrée / séjour aux Comores de France Diplomatie, mise à jour le 30 juin 2026 :
- le visa est obligatoire mais délivré à l'arrivée, à l'aéroport de Moroni ;
- il coûte environ 30 € ;
- vous devez présenter un billet retour, un viatique de 30 € par jour (la preuve que vous avez de quoi vivre) et l'adresse de votre hébergement ;
- votre passeport doit rester valide au moins six mois après la date de retour.
Je n'ai trouvé aucune trace d'un e-visa comorien officiel : méfiez-vous des sites qui vous en vendent un. La durée de séjour accordée varie selon les sources, entre 30 et 45 jours. Pour un voyage de deux ou trois semaines, ça ne change rien ; au-delà, faites confirmer par l'ambassade.
Prévoyez des euros en liquide pour payer le visa à l'arrivée. C'est le premier endroit où vous comprendrez que la carte bancaire n'est pas la reine ici.
Comment aller aux Comores depuis la France
Il n'y a pas de vol direct
Aucune compagnie ne relie Paris à Moroni sans escale. Les deux itinéraires les plus courants passent par l'Afrique de l'Est :
- Ethiopian Airlines, via Addis-Abeba : c'est généralement le plus rapide, autour de 14 h 30 de trajet total ;
- Kenya Airways, via Nairobi : souvent moins cher, mais les correspondances peuvent porter le trajet au-delà de 25 heures.
Les comparateurs proposent aussi des combinaisons via Abu Dhabi ou Le Caire, parfois avec deux escales : regardez la durée avant le prix.
Attention au code de l'aéroport
L'aéroport international s'appelle Prince Saïd Ibrahim, à Hahaya, à une vingtaine de kilomètres au nord de Moroni. Son code est HAH. Plusieurs sites de réservation affichent pourtant YVA, le code de l'ancien aérodrome d'Iconi. Si votre billet indique YVA, vérifiez auprès de la compagnie avant de payer.
Pourquoi le billet coûte deux fois plus cher en août
Un comparateur relève un aller-retour moyen depuis Paris d'environ 799 € en mai, contre 1 495 € en août. L'explication tient en deux mots : le grand mariage.
Le anda, ce mariage coutumier qui consacre le statut social d'un homme en Grande Comore, se concentre en juillet et en août. La diaspora — surnommée les « je-viens », rentre en masse pour y assister. Le site comorien HabariZaComores rapporte des budgets allant de 6 000 € à 235 000 € par mariage selon une estimation d'anthropologue, et la présidence estime que les transferts de la diaspora représentent l'équivalent de 30 % du PIB. Résultat : en été, les avions sont pleins et les prix s'envolent.
Si votre objectif est de vivre un grand mariage, été obligatoire. Sinon, partez en mai-juin ou en septembre-octobre.
Les nouveautés de 2026
Après quatre ans d'interruption, Madagascar Airlines a rouvert sa ligne vers les Comores le 30 juillet 2026, avec deux vols par semaine en ATR 72-500. Pratique pour un combiné Madagascar-Comores, une option qui n'existait plus.
Se déplacer entre les îles : la vraie difficulté du voyage
C'est le point sur lequel les guides restent vagues, et pour cause : la situation est instable.
En avion, l'offre inter-îles a été durement touchée. Int'Air Îles a cessé ses activités en février 2024, et La 1ère décrivait alors des compagnies comoriennes en grande difficulté financière, avec l'arrivée d'une nouvelle venue, Royal Air, et son Let 410 de 19 places. Les horaires changent souvent : réservez sur place, auprès d'une agence de Moroni, plutôt que de vous fier à un site en ligne. Conséquence pratique : prévoyez une ou deux nuits tampon à Moroni autour de chaque saut d'île, parce qu'un vol annulé vous y laisse pour vingt-quatre heures. Les hôtels proches de l'aéroport de Hahaya sont ici.
En bateau, la règle est simple. France Diplomatie indique que la plupart des liaisons maritimes ne respectent pas les normes internationales de sécurité, à une exception près : la SGTM, qui relie Moroni à Anjouan une fois par semaine, et Anjouan à Mayotte tous les jours.

Les kwassa-kwassa, ces petites barques à moteur, c'est non. Le Quai d'Orsay rappelle que les emprunter expose à des sanctions pénales, emprisonnement et amende compris. Sans compter les naufrages, nombreux sur la traversée vers Mayotte.
Un mot sur Mayotte justement : l'État comorien en revendique la souveraineté. Le sujet est sensible, abordez-le avec tact si on vous en parle.
Sécurité aux Comores : ce que dit vraiment le Quai d'Orsay
Tout l'archipel est en vigilance renforcée (jaune), le niveau le plus courant. La fiche Sécurité, mise à jour le 15 septembre 2026, décrit des cambriolages, vols à l'arraché et vols dans les voitures « relativement rares ». Les précautions sont classiques : vigilance au marché et à la plage, distance avec les manifestations.
Trois risques sont plus spécifiques, et peu connus :
- le volcanisme sous-marin : l'activité sismique et volcanique concerne tout l'archipel, mer comprise. Le danger principal vient des émanations de gaz, notamment de CO₂ à forte concentration, et des explosions de vapeur ;
- la piraterie maritime dans les eaux voisines, raison pour laquelle la navigation de plaisance est déconseillée ;
- les distributeurs de Moroni, qui « fonctionnent de façon aléatoire ». Ce n'est pas un détail : c'est ce qui peut bloquer votre voyage.
Inscrivez-vous sur Fil d'Ariane avant de partir. L'ambassade de France à Moroni est joignable au +33 1 88 24 56 77.
Santé : vaccins, paludisme, et la vraie contrainte
La fiche Santé de France Diplomatie ne liste aucun vaccin obligatoire. En plus du calendrier vaccinal français à jour, elle recommande selon la durée et le type de séjour : hépatite A, typhoïde, hépatite B pour les séjours longs ou répétés, rage surtout pour les jeunes enfants et les séjours ruraux, et éventuellement dengue et chikungunya.
Le paludisme est présent : protection contre les moustiques et traitement préventif. Le traitement exact se décide avec un médecin, idéalement dans un centre de vaccinations internationales comme celui de l'Institut Pasteur. En cas de fièvre, ne prenez jamais d'anti-inflammatoire, à cause du risque de dengue.
Deux alertes sanitaires ont été émises en 2026 : un foyer de mpox confirmé en février, et une hausse des cas de rougeole en mars.
La vraie contrainte n'est pas là, elle est dans l'offre de soins. Le Quai d'Orsay la juge insuffisante à Moroni et « inexistante sur les îles d'Anjouan et de Mohéli ». Une hospitalisation sérieuse signifie le plus souvent une évacuation vers La Réunion, parfois Mayotte ou la métropole. Une assurance couvrant le rapatriement sanitaire n'est donc pas une option : c'est la première chose à réserver, avant même le billet.
Argent : le franc comorien et la culture du cash
Le franc comorien (KMF) est arrimé à l'euro par une parité fixe depuis le 1ᵉʳ janvier 1999 : 1 € = 491,96775 KMF. Pour vos calculs mentaux, comptez 500 KMF pour 1 €, vous ne serez pas loin.
Le pays compte quatre banques commerciales, les cartes sont peu acceptées et les distributeurs peu fiables. Arrivez avec des euros en espèces, en petites coupures, de quoi couvrir le visa et vos premiers jours. Les chèques en euros ne sont pas acceptés, même dans les hôtels.
Le Karthala, volcan actif et randonnée de la journée
Le Karthala culmine à 2 361 mètres et sa caldeira mesure environ 3 kilomètres de diamètre. Sa dernière éruption confirmée remonte à 2007, avec un regain d'activité sismique en 2022.
L'ascension se fait le plus souvent en une journée : 4x4 jusqu'à environ 1 600 mètres, au lieu-dit Convalescence, puis à peu près deux heures de marche jusqu'au sommet. Les circuits partant de Mvouni annoncent entre 11 h 30 et 13 h de sortie au total. Trois règles, toutes données par le Quai d'Orsay : un guide expérimenté, un vrai équipement de randonnée, et jamais de bivouac dans la caldeira, à cause des gaz.
Un détail d'actualité : les Comores ont lancé le 2 juillet 2026 un projet d'exploration géothermique du Karthala. Le volcan que vous gravissez pourrait un jour alimenter l'île en électricité.
Mohéli, l'île des tortues et des baleines
La plus petite et la plus préservée des trois îles. Le Parc national de Mohéli a été créé en 2001, et le parc marin fait l'objet d'une fiche sur la liste indicative de l'UNESCO, datée de mars 2026 — un possible second classement pour le pays.
Sur Mohéli, tout se joue entre Itsamia pour les tortues et Nioumachoua pour les îlots. Les hébergements sont des pensions de village, une poignée par site. La période des baleines les remplit vite : vérifier les disponibilités sur Mohéli.
- Les tortues vertes viennent pondre presque toutes les nuits sur les plages d'Itsamia, avec un pic entre mars et août selon les guides locaux. On les observe avec un guide du village, en restant à au moins cinq mètres des femelles. La 28ᵉ Fête de la tortue s'y est tenue le 25 juin 2026.
- Les baleines à bosse passent entre juillet et octobre, les baleineaux restant jusqu'en octobre.
- Les îlots face à Nioumachoua, au sud, sont le meilleur coin pour la plongée et le snorkeling.
Quand partir aux Comores
La saison sèche et fraîche, de mai à octobre, est la meilleure : c'est aussi la bonne période pour le Karthala.
Croisez maintenant avec le reste :
| Période | Pour | Contre |
|---|---|---|
| Mai-juin | Saison sèche, billets les moins chers, tortues à Mohéli | Pas encore de baleines |
| Juillet-août | Grand mariage, baleines | Billets au plus cher, avions complets |
| Septembre-octobre | Saison sèche, baleines, prix qui redescendent | — |
Notre conseil : septembre-octobre. Vous avez la météo, les baleines et les médinas sans la foule des « je-viens ».
Un dernier réflexe avant de bloquer vos dates : regardez le prix des nuits en même temps que celui des vols. Sur un archipel où le mois d'août double le billet d'avion, il double aussi la chambre. Comparer les hébergements aux Comores à vos dates.
Pour aller plus loin
Les Comores appartiennent à une famille de destinations que nous aimons particulièrement : des pays rares, musulmans, insulaires, où l'organisation prend plus de temps que le voyage. Si c'est ce qui vous attire, Socotra en est le cousin direct — voyez comment aller à Socotra en ferry ou en avion. Sur la même côte africaine, lisez aussi nos guides de Djibouti et de l'Érythrée, ou notre sélection de pays d'Afrique sûrs et peu touristiques.
Et puisque vous allez vivre en liquide pendant tout le séjour, nos conseils pour réduire les frais bancaires à l'étranger vous éviteront de perdre 3 % à chaque retrait avant le départ.